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Trou perdu
29/06/2008 17:51
Dehors la pluie avait complètement cessé, les gros nuages prenaient la fuite, poussés par les bourrasques du vent qui venait de se réveiller, mais cela ne suffirait pas à retarder l'obscurité grandissante de cette nature inhabitée. La nuit approchait à grands pas. Tu n'es pas inquiet à l'idée de rester bloqué sur ce tronçon de route toute la nuit ? Il sortit alors du véhicule et se dirigea directement vers le coffre. Il l'ouvrit puis examina le contenu. Cric, manivelle, chandelle, il y avait même une épaisse couverture à carreaux rouge et noire. « C'est pas la peine d'y penser ma vieille », lâcha-t-il en écartant le tissu. Mais la vue du plaid l'avait un peu refroidi, l'incertitude le guettait et c'est sans conviction et avec en tête, le film de sa première nuit en voiture, qu'il étala l'outillage devant la roue arrière droite perforée. Il faisait très sombre à présent, les branches des arbres autour de lui, des châtaigniers avait-il constaté plus tôt, s'agitaient vivement sous les rafales de cet air considérablement animé de « mauvaises intentions ». Il s'arrêta un instant pour considérer la route qui continuait à s'insinuer au plus profond de la forêt. Sur sa gauche, l'orée des bois, ténébreuse, sinistre, mais encore plus inquiétante lorsque Robert tenta d'en scruter les profondeurs. Sur sa droite, les tréfonds de la vallée, avec de l'autre côté, une chaîne de massifs qui s'étendait à perte de vue. Sans démentir le fanatisme exagéré qu'il éprouvait pour sa cité, Sullivan devait confesser que cette contrée merveilleuse l'avait séduit intensément. Depuis trente ans qu'il demeurait à Forland, jamais il n'avait vu pareil spectacle. Ce qui l'avait également enthousiasmé, c'était l'air qu'il inhalait, authentique, rare, un mélange d'effluves végétales tellement bienfaisantes, qu'elles lui avaient ouvert l'appétit. Oui, finalement, il était heureux d'avoir accepté de passer quelques jours dans cet endroit. Mais il ne fallait surtout pas que le mauvais sort s'en mêle, sous peine de voir Robert regretter très vite ses aveux concédés clandestinement. Il se tenait maintenant debout, transi de froid, au pied de cette roue en manque de souffle, ne sachant pas trop par quel bout attaquer. Alors qu'il s'apprêtait à opérer l'intervention, le vrombissement d'un moteur puissant lui parvint au loin. En pivotant dans la direction du rugissement, Robert aperçut les feux d'un véhicule approchant dans sa direction. Ses phares illuminèrent les bois, se qui donna encore plus de profondeur et d'étrangeté à la végétation environnante déjà suffisamment énigmatique. Il n'était plus seul, chose qu'il avait commencé à envisager depuis plusieurs heures. En un laps de temps relativement court, il distingua enfin l'engin... un gros 4x4 de couleur foncée, peut-être noir ou gris anthracite, celui-ci finit par ralentir et s'immobilisa au milieu du bitume, à deux ou trois mètres de la Citroën, tout en maintenant ses codes allumés. Robert reconnut le véhicule, un Nissan Pathfinder, son médecin généraliste possédait le même en coloris beige. En s'avançant légèrement dans sa direction, il distingua, dans l'habitacle qui était éclairé, un type d'une cinquantaine d'années qui portait sur sa tête une casquette rouge arborant le célèbre logo de la marque automobile Italienne Ferrari. La fenêtre finit par s'ouvrir et l'homme passa son faciès au-dehors pour le saluer d'un hochement de tête et lui adresser la parole : « Bonsoir Monsieur, besoin d'aide ? » En s'approchant encore davantage, Sullivan découvrit que le bonhomme n'avait pas cinquante ans, mais au moins vingt de plus et que si celui-ci ne s'était pas mis à bouger sa main pour se gratter la barbe, il aurait pu le prendre pour un cadavre, tant son teint était blafard et son corps squelettique. Cet homme semblait atteint d'un cancer en phase terminale. À sa vue, la première pensée de Robert fut de reculer, mais ses jambes l'arrêtèrent au niveau de la fenêtre du vieux monsieur. Une cigarette de tabac à rouler était coincée entre ses lèvres. « Apparemment vous m'avez l'air dans d' beaux draps, j' me trompe ? » ajouta-t-il en jetant un bref coup d'oeil sur la voiture de David. Sa clope semblait éteinte depuis un bon bout de temps et Robert se dit que le vieux bonhomme n'avait peut-être plus de quoi la rallumer. La première impression passée, il se décida enfin à entamer un dialogue avec le conducteur du 4x4.
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