Il allait falloir qu'il se débarrasse du monticule de merde s'il voulait pouvoir se servir des toilettes. L'image de Lilianne, assise sur le trône, le visage écarlate et ricanant, lui arracha un semblant de sourire, qui finit par s'effacer pour se transformer en rictus d'épouvante. Tout était serré dans cette cabine, la cuvette se trouvait sur la droite en entrant et il fallait poser un pied dans la douche pour pouvoir ouvrir la petite fenêtre. C'est ce qu'il fit afin que l'odeur s'évapore un peu. Il n'y avait pas de lavabo à cet endroit, pas assez de place sans doute.
Il examina sous l'évier de la cuisine pour débusquer des sacs poubelles. Quand il eut mis la main dessus, il en prit deux qu'il superposa par sécurité. Il n'avait aucune envie que le sac se déchire et déverse son contenu nauséabond dans la cuisine.
Il se creusa un peu la tête pour trouver un objet susceptible de lui servir à vider la cuvette. Il dut se rendre à l'évidence, à part une louche, il n'y avait rien d'autre. Il aurait sans doute trouvé son bonheur au garage, mais l'idée de retourner en bas ne lui plut pas et il l'écarta assez vite. La louche en main, il s'agenouilla et commença à s'activer, plus vite il aurait fini, plus vite il pourrait s'intéresser à autre chose. La majorité des excréments étaient trop liquides. Il eut un haut-le-coeur persistant qui l'obligea à relever le col de son pull-over sur son nez pour filtrer un peu l'air, ce qui atténua un peu la puanteur.
Les sacs poubelles n'étaient pas une très bonne idée vu la fluidité de la chose, il finit par tomber sur un seau dans un placard, ce qui lui facilita grandement la tâche. Au bout d'un quart-d'heure, la majeure partie des déjections avait été extirpée. Il se redressa et actionna le chasse d'eau. L'écoulement n'était pas bouché et l'excédant de matière s'évacua facilement malgré le tas qui persistait encore au fond. Tout à coup, un son lui parvint par la petite fenêtre de la salle d'eau. Une sonnerie de téléphone. Il réalisa bêtement qu'il avait négligé de remonter ses affaires. Elles étaient restées en bas près des escaliers avec son portable à l'intérieur.
« C'est tout moi. »
Il était en colère, en rage contre lui-même, exaspéré d'éprouver de la peur dans cet endroit.
Il écouta l'alarme de son téléphone s'éteindre. Il n'y a pas de réseau par ici, c'est peine perdue, lui avait dit Desmont. Tu parles ! Il en voulut au vieux bonhomme espiègle de lui avoir encore raconté des sornettes. De rage, il sortit sur la terrasse avec sa lampe. Il fut surpris de ressentir une grande différence de température avec l'intérieur du chalet, il faisait beaucoup plus chaud ici. Le portable se remit à sonner, sans une hésitation il se dirigea vers les escaliers et orienta sa torche vers l'entrée du garage au bas des marches. Celle-ci était grande ouverte. La sonnerie s'arrêta à nouveau.
Le coeur de Robert s'emballa et le souffle lui manqua, il était tellement effrayé qu'il avait retenu sa respiration durant quelques secondes. Il relâcha un peu la pression et se permit de respirer un peu.
« Il y a quelqu'un ? Desmont c'est vous ? » osa-t-il proférer en maintenant fermement le faisceau sur la double porte. Sa voix était mal assurée. Pourquoi Desmont ?
Il pensait peut-être que le vieux n'en avait pas terminé avec lui et qu'il voulait sans doute lui faire une petite plaisanterie supplémentaire en signe d'adieu. Et là, normalement, je dois descendre les marches pour pénétrer dans le garage et... Vlan ! Un tueur diabolique m'arrache la tête avec une hache Il n'avait pas envie de finir sa vie de cette manière, puis de toute façon, c'était le vent qui avait entrouvert le garage, quoi d'autre ? Il n'y avait personne à des kilomètres à la ronde.
Le témoin lumineux de son portable parvenait à traverser la toile de son sac de voyage. Quelqu'un avait laissé un message. La curiosité l'emporta sur sa peur et il dévala tout les escaliers en braquant continuellement la lumière sur le seuil du Garage.
Son coeur battait la chamade, Sullivan prit son courage à deux mains et referma le double battant sans même jeter un coup d'oeil à l'intérieur. Il présenta ensuite la petite clé devant la serrure.
Une fois enfilée, il fit tourner celle-ci sans difficulté. Il contrôla que la porte était bien verrouillée et s'empara de ses bagages. Restant immobile quelques secondes, il tendit l'oreille pour écouter la nuit. Rien ne lui parvint, si ce n'était le murmure d'un appareil électrique. Le vent avait cessé. Il ne pourrait plus accuser celui-ci s'il se passait encore quelque chose d'étrange. Dans sa main gauche, le poids de ses sacs était pénible à supporter. Il jeta un regard sur les alentours avec sa lampe.
La lumière ne porta pas très loin, mais quelques arbres furent aspergés par les rayons. Le calme régnait ici.
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