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Trou perdu
01/07/2008 17:48
Le médecin se dirigea vers la porte. En la poussant, elle percuta le martiniquais. « Vous écoutez aux portes maintenant ? » questionna le docteur Da-Silva en ricanant. « Attendez Docteur, je veux sortir d'ici, immédiatement !!! Vous ne comprenez pas ?! Je dois retourné la-bas. » Sullivan parvint à se redresser sur son séant et tenta de déplacer une de ses jambes hors du lit. « Administrez-lui un bon sédatif Franck, je n'ai pas envie de l'entendre rabâcher les mêmes choses toute la journée », recommanda le médecin. « Vous ne pouvez pas faire une chose pareille, je ne suis pas fou !!! Je dis la vérité ! » La douleur le stoppa dans son effort et il retomba dans sa position initiale. « Attachez-le solidement, ce type est dangereux vous savez. Il reprend vite du poil de la bête. - Bien chef, ok chef. - Oh arrêtez vos bêtises, dit Da-Silva en rigolant, je ne sais pas comment j'arrive à vous supporter encore. - Parce que vous m'aimez secrètement docteur », lui répondit l'infirmier tout en s'occupant des liens de Robert dont les yeux semblaient vouloir sortir de leurs orbites. « Arrêtez ça ! Vous ne pouvez pas, vous n'avez pas le droit, je n'ai rien fait espèce d'enfoiré ! » Après avoir sanglé les bras et les jambes du patient, le martiniquais administra au comateux fraîchement réveillé une bonne dose de sédatif à faire dormir un éléphant. L'effet fut presque immédiat, le pauvre Robert devint mou en quelques secondes. Le médecin et son élève sortirent puis refermèrent la porte de la chambre. Sullivan ne pouvait plus bouger, mais il était toujours conscient et entendait les voix des deux acolytes derrière la porte : « Je crois que je commence à saturer là, vivement ce Week-end, confia le médecin, j'ai posé mes congés jusqu'au 30 juillet, je m'en vais faire quelques travaux à la montagne. - Alors, comment est-il ce chalet ? l'interrogea le martiniquais. - Fabuleux et tout ça pour une bouchée de pain, c'est une bénédiction que je sois monté là-haut pour voir à quoi il ressemblait. Je suis tombé sous le charme... et quand j'ai vu le prix, j'ai sauté au plafond comme on dit... 20 000 €, tout ça parce qu'un type a perdu la boule et a tué deux personnes à l'intérieur, expliqua Da-Silva en jetant un coup d'oeil à travers le carreau de la porte. Sullivan souriait, à moitié défoncé. - Vous avez beaucoup de chose à refaire ? - Oh, quasiment rien... une porte de garage qui ferme mal et une toiture à vérifier... il me semble avoir entendu un oiseau quand je suis venu la dernière fois... rien de bien méchant en somme. »
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© ® Auteur : Eric Fesquet, texte déposé.
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Trou perdu
01/07/2008 17:48
- Vous voulez la vérité Monsieur Sullivan ? - La vérité ? Je ne comprends pas de quoi vous voulez parler... - Vous savez, cela fait quelques temps que vous nous tenez compagnie dans cet établissement... à vrai dire, je n'ai jamais connu quelqu'un qui y soit resté aussi longtemps... vous êtes notre mascotte, vous ne pouvez pas savoir à quel point nous sommes heureux de vous voir de retour parmi les vivants. - Vous voulez dire que je suis ici, dans cet hôpital, depuis longtemps ? Le blond prit une mine grave. - C'est plus compliqué que cela Monsieur Sullivan. Vous savez, de l'eau a coulé sous les ponds depuis votre arrivée ici... - Combien de temps ? Dites moi docteur... Robert sentit le pire arrivé, son coeur s'accéléra... il jeta un regard sur ses mains, toucha son visage, puis souleva le drap pour contempler son ventre... il était maigre...lui qui était grassouillet, qui l'avait toujours été. - Combien de temps ?! répéta-t-il horrifié par son apparence, il arrivait même à voir les os de sa cage thoracique. - Cinq longues années Monsieur Sullivan. - C'est pas vrai... c'est un cauchemar... où ...où est David ? - David ? Je suis désolé de vous l'apprendre, moi qui ne suis qu'un étranger pour vous, mais votre ami n'est plus de ce monde. - Mais enfin... l'infirmier m'a dit qu'il allait venir d'une minute a l'autre... comme tout les jours. - Il faisait sans doute allusion à ma personne... je suis navré, il a la fâcheuse tendance de plaisanter au mauvais moment. - Ce n'est pas possible... c'est un rêve. - Non, vous ne rêvez pas Monsieur Sullivan, vous êtes ici depuis le jour où les pompiers vous ont sorti de votre voiture, un jour de décembre 2007, sur la départementale 999, près d'un petit village en pleine montagne... Valcan me semble-t-il... vous avez eu de la chance vous savez, la voiture était complètement pulvérisée et vous étiez dans le comas. - Je ne peux pas croire à cette histoire, je me rappelle très bien de ce qui c'est réellement passé, je me suis retrouvé au chalet et là tout a déraillé, les choses ne tournaient pas rond dans cette baraque, le vieux Desmont, le corps de Lilianne pendu dans la chambre de la vieille André... - Vous m'avez déjà raconté tout ça ces derniers jours, le coupa Da-Silva, vous avez beaucoup parlé durant vos crises de délires. Robert n'en croyait pas ses oreilles, aurait-il imaginé tout ça ? - Mais docteur, tout est tellement clair dans ma tête. Je peux tout vous expliquer dans les moindres détails... il faut que je retourne la-bas. - Alors là j'en doute, vous n'êtes pas près de quitter cet établissement, en tout cas pas dans votre état, vous êtes beaucoup trop faible pour faire quoi que se soit et il vous faudra réapprendre à marché, après tant d'années passées en position couché, ça prendra du temps... et entre nous Monsieur Sullivan, avec tout ce que vous nous avez raconté, ces histoires de vieille dame pendue, les clochards assassinés et ce soit disant tueur venu d'outre tombe pour... comment s'appelait-il déjà ? - Richard Desmont. - Oui voilà, Richard Desmont, ce vieux monsieur revenu d'entre les morts pour assassiner la soeur de votre ami, entre nous Monsieur Sullivan, je pense que quelques années de plus dans un bon centre psychiatrique vous fera le plus grand bien, ne serait-ce que pour votre santé mentale, mais aussi pour la sécurité des personnes que vous pourriez fréquenter. Et puis, vous allez devoir répondre aux autorités, des deux cadavres retrouvés dans le coffre de votre voiture... je veux parler de votre ami David, mais également de sa soeur... je sais ce que c'est, rassurez-vous, vous n'êtes pas conscient de ce que vous avez pu faire dieu merci... je vous dit au revoir Monsieur Sullivan et à demain. »
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Trou perdu
01/07/2008 17:46
Le visage de Robert était devenu écarlate tant les mots prononcés lui avaient demandé le plus grand effort. - Ah, mais bien sûr, lâcha l'infirmier amusé, votre ami va arriver d'une minute à l'autre, vous pourriez peut-être tout lui raconter... moi j'ai déjà donné. L'homme lui tourna le dos et s'affaira à ses tâches habituelles. - Mais... qu'est-ce que vous voulez dire ? » Robert fut surpris par la tournure que prenait la conversation et s'énerva : « Je veux voir un responsable immédiatement !! Vous m'entendez ?! Et appelez la gendarmerie, il y a un fou en liberté. Le martiniquais se retourna et jeta un regard hilare sur Robert. - Mais dites-moi, vous jouez votre rôle à merveille, vous êtes très convainquant, si je connaissais des gens dans le cinéma je leur parlerais de vous Monsieur Sullivan. - Arrêtez tout de suite cette plaisanterie ou je me lève pour vous en mettre une ! Le jeune homme parut tout à coup effrayé par l'humeur sombre de Sullivan. - D'accord, je vais chercher mon responsable tout de suite, mais calmez-vous Monsieur Sullivan. - Appelez-moi Robert. » L'homme prit la direction de la sortie et une fois hors de la chambre, commença une conversation avec une personne que Robert ne put apercevoir malgré la porte entrouverte. Il ne voyait que les mains du martiniquais qui s'activaient. Les chuchotements des deux hommes lui parvinrent vaguement : « Il recommence à délirer Monsieur. - Vous lui avez donné quelque chose ? - Non, rien du tout... j'aurais dû ? - Oui, s'aurait été plus prudent... je vais lui parler, laissez-nous je vous pris. - C'est entendu... c'est vous le chef, chef. - Arrêtez de plaisanter Franck, c'est vraiment pas le moment. » Robert vit le black s'éloigner dans le couloir et un grand monsieur blond prit sa place dans l'encadrement de porte. « Bonjour Monsieur Sullivan. » Il pénétra dans la chambre et referma la porte derrière lui. Il prit une chaise qu'il retourna et s'assit en s'accoudant au dossier. L'homme examina Robert, puis parut se perdre dans de vieux souvenirs en contemplant le jardin par la fenêtre. Robert laissa poliment le doc en découdre avec son absence passagère. « Alors... par où commencer... » finit-il par dire en se retournant brusquement vers lui, comme si quelqu'un venait de lui pincer le bras pour le sortir de sa rêvasserie. L'homme se gratta la tête et prit une grande respiration avant de poursuivre : « ... vous rappelez-vous comment vous êtes arrivé ici ? Robert avala sa salive avant de parler. - Pas vraiment... la dernière chose dont je puisse me souvenir c'est Lili se tenant devant moi et le vieux Desmont se fendant la gueule sur la terrasse. Je peux avoir un verre d'eau s'il vous plait ? - Mais bien sûr. Le blond se leva pour prendre le verre sur la table et le rempli au robinet avant de le lui tendre. - Merci. Quel plaisir ce liquide frais coulant dans sa gorge. Il mourrait de soif. - Je peux en avoir un autre ? Le blond s'exécuta à nouveau l'air amusé. Il attendit patiemment que Sullivan finisse son verre. - Ça va mieux ? lui demanda l'homme en lui adressant un sourire. Robert hocha la tête en guise de réponse. - Donc, ce sont les dernières choses que vous puissiez vous rappeler ? - Oui c'est ça... Monsieur ? - Da-silva, médecin en chef du service psychiatrique, lâcha-t-il à contrecoeur sembla-t-il. - Ser... service psychiatrique ? Attendez...
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Trou perdu
01/07/2008 17:45
La sonnerie retentit dans la chambre sanglante. « Je vous tiens, vous allez mordre la poussière ! » Le visage de Robert c'était transformé en une caricature de Jack Nicholson dans Shining. Il semblait fou. À ce moment là, il s'aperçut que le corps de Lilianne avait disparu. Un sursaut de terreur le fit reculer jusqu'à se qu'il butte contre quelque chose. Un ricanement tout droit venu de l'enfer retentit dans la pièce. En se retournant, il découvrit avec horreur que Lilli se tenait debout devant lui, la bouche grande ouverte et remplie de sang séché, ses orbites sombres grouillaient de mouches qui allaient et venaient, ne sachant où donner de la tête devant le festin. Son visage était déformé par les atroces souffrances que son tortionnaire lui avait fait subir et par un rire démoniaque qui semblait ne jamais vouloir s'arrêter. La morte-vivante lui tendait ses bras meurtris. Un liquide fétide s'écoula entre ses lèvres, suivit de quelques larves qui s'étalèrent sur le sol. Elle l'agrippa de ses mains putrides. Sullivan sentit son souffle infect lui chatouiller le visage, il hurla et s'écroula sur le tapis en voulant s'enfuir. Elle se pencha sur lui et colla sa bouche ignoble sur la sienne, il sentit sa langue froide tenter de forcer le passage. Effondré, Sullivan finit par céder. La cavité buccale de la défunte déversa une partie de ses locataires nécrophages à l'intérieur de la sienne. Avant de s'évanouir, il eut le temps d'entrevoir la silhouette de Richard Desmont qui se tenait debout devant la double porte de la terrasse et le regardait en riant... Ah ! les gens de la ville
Quand il ouvrit les yeux, Robert ne reconnut pas les lieux immédiatement. Les rideaux de la pièce où il se trouvait étaient tirés, ce qui l'empêcha de voir distinctement ce qui l'entourait dans la semi-obscurité. Il était allongé dans un lit à se qu'il pouvait constaté. Une odeur de draps propres lui montait au nez, ainsi qu'un parfum de soupe de légumes à laquelle son estomac réagit fortement. « Où suis-je ? » Il eut du mal à prononcer ces quelques mots, sa gorge était sèche. Au bout d'un instant, il réalisa qu'il était dans une chambre d'hôpital. De vieux souvenirs lui revinrent en tête, enfant, il fut hospitalisé pour une méningite sévère. « David ? » Il tenta de se redresser légèrement, mais des douleurs très vives l'en empêchèrent. Son dos le faisait horriblement souffrir. La voix de Richard Desmont lui traversa fugitivement l'esprit : Ah les gens de la ville Tout lui revînt, le chalet, la vieille Madame André, Lili, il eut envie de hurler. Il perçut des bruits de pas qui s'approchaient dans le couloir, inconsciemment il se recroquevilla sous son drap. La poignée de la porte s'abaissa et un homme noir d'une trentaine d'années, tout de blanc vêtu, pénétra dans la chambre, un sourire aux lèvres. « Bonjour Monsieur Sullivan, comment allez-vous aujourd'hui ? » Le jeune homme s'approcha de la fenêtre et écarta les rideaux sans ménagement. Les rayons du soleil envahirent la pièce et Robert referma vivement ses yeux aveuglées. « Je vois que vous vous remettez petit à petit, vous arrivez à bouger un peu, c'est bon signe. » Robert releva que l'infirmier avait l'accent martiniquais. « Monsieur... où... » Robert avait le plus grand mal à aligner deux mots. Il réussit à se redresser tant bien que mal en s'aidant de la poignée juste au-dessus de lui. Sa vue se brouillait parfois et il crut qu'il allait s'évanouir. Comme quand tu as vu Lili, tu te rappelles Robert ? « Oh mon dieu... - Qu'est-ce qui ne va pas Monsieur Sullivan ? Le martiniquais souriait toujours en l'observant, se qui énerva Robert. - Où sommes nous ? Où... où est David... le vieux ? L'homme le regardait toujours avec son sourire dents blanches qui n'avait pas faibli le moins du monde. - Mais vous êtes à l'hôpital St-Charles de St-Rock Monsieur Sullivan et votre ami ne va pas tarder, comme tout les jours. Mais de quel vieux me parlez-vous Monsieur Sullivan ? - Mais enfin, je veux parler du vieux Desmont, le tueur de clochard !!
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Trou perdu
01/07/2008 17:44
Une énorme tache de sang s'étendait à ses pieds, ainsi que des plûmes d'oiseaux dont certaines étaient restées prisonnières du liquide poisseux. « Oh mon dieu Lili !! » Il s'approcha de ce corps meurtri et tenta, le visage noyé de larmes, de le décrocher. Il s'aida du couteau qu'il avait ramassé au sol et trancha la corde. La pauvre femme retomba dans ses bras. Il n'hésita pas à la serrer contre lui malgré l'apparence repoussante du cadavre. Elle était raide comme un mannequin en bois, aucune chance qu'elle est pue être encore en vie il y a quelques heures. Elle avait dû mourir le jour où elle était arrivée ici. Cette découverte finit de l'achever moralement. Donc, se ne pouvait être Lili qui avait cherché à le joindre durant son sommeil. Sur le répondeur le son de la télévision laissait à penser qu'une autre personne se trouvait de l'autre côté de la porte. Il tenait toujours le corps contre lui, il s'approcha du canapé où il s'était assoupi il y a quelques heures encore et y déposa à contre coeur la jeune femme, qu'il recouvrit entièrement de la housse. Il pleurait, de l'urine lui coulait le long des cuisses, lui irritant l'entre jambe. Il se sentait comme une bête, le corps plein de sang et de pisse. Dehors, le soleil avait envahi les massifs les plus élevés. Il ne savait plus se qu'il devait faire... appeler David, la gendarmerie ou le garagiste ? La dernière solution le fit rire puis hurler. Il n'avait qu'une envie, se laisser aller, s'endormir, mourir peut-être... oui, la mort serait la meilleure chose qui puisse lui arriver. « Ça peut s'arranger Monsieur Sullivan » Cette voix de centenaire reconnaissable entre mille avait percé le silence du chalet. Robert se retourna dans sa direction à la vitesse d'une bête traquée. Dans l'encadrement de porte de la chambre de la vieille, se tenait ce bon vieux Desmont, une cigarette éteinte au bec et une bière a la main. La vision s'estompa en quelques secondes. « Je perds la tête », se répéta-t-il pour la énième fois depuis qu'il était arrivé ici. Il fallait qu'il quitte cet endroit, voilà la première chose à faire, ne serait-ce que pour sa santé mentale. Après il pourrait passer un coup de fil à qui il voudrait, dieu, le diable, pourvu qu'il s'éloigne de cette baraque. Il prit le minimum de chose, s'est à dire son portable et son petit sac. Après un dernier adieu à Lilianne, il jeta un petit coup d'oeil rapide à l'intérieur de la fameuse chambre... aucune trace d'un quelconque volatile. Il en avait assez de tout ça. Il n'eut même pas une pensée pour le tueur, sur l'endroit où il se cachait et sur son identité. Il était complètement épuisé, jamais de sa vie il n'avait ressenti autant de poids sur ses jambes, même son portable était trop lourd pour elles. Il passa la tête dans l'embrasure de la porte d'entrée. La lumière et la chaleur qui régnait au-dehors lui donnèrent un réconfort bienvenu. Son regard s'arrêta sur le seau rempli d'excréments, celui-ci semblait le nargué. Agacé, il le renversa du pied. Un tsunami boueux et nauséabond se déversa sur le plancher. Au milieu de la matière fécale, un petit objet métallique immergea peu à peu. Curieux, Robert s'approcha pour l'écarter du bout du pied. Quand il l'eut au creux de sa main, il se mit à rire et à pleuré en même temps. C'était l'objet qui servait à deviser l'écrou antivol dont lui avait parlé le vieux Desmont. Anéanti, il laissa retomber l'élément puis s'engagea dans les escaliers. La porte du garage s'était refermée. Mais il n'y prêta plus attention. Quand il fut en bas, il se pencha pour déverser ce que contenait encore son estomac. D'un pas lourd, il s'engagea dans l'allée, ses pensées furent pour son compagnon. C'est lui qu'il appellerait en premier lieu. Il n'eut pas fait une dizaine de mètres que son portable sonna entre ses mains. À bout de force, il ne sursauta même pas, seul son coeur se mit à battre la chamade. Il ouvrit le clapet. Le numéro qui s'affichait était celui de Lilianne. Sur le petit cadran, la photo de la jeune femme le fixait d'un air enjoué. « Mais quand est-ce que tout ça va s'arrêter !? Allô ?! Qui est là ?! », vociféra-t-il en postillonnant de rage sur l'appareil. Une respiration lui parvint, instable, bruyante, inquiétante. Tendant un peu plus l'oreille, il lui sembla que la personne qui était à l'autre bout se déplaçait dans la maison. Pris d'un accès de rage, il fit demi-tour et escalada les marches. Quand il fut devant la porte d'entrée, sa fatigue avait disparu et la rage le dévorait. Il pénétra dans la maison et s'arrêta à l'entrée du salon, guettant le moindre son, la moindre présence. « Montrez vous ! » La communication avait été coupée. Il composa alors le numéro de Lilianne.
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Trou perdu
01/07/2008 17:42
Il fallait qu'il ouvre cette porte, il n'en pouvait plus, il voulait connaître l'origine de ces bruits, de cette odeur. Peut-être Lilianne avait-elle besoin d'aide, elle était peut-être séquestrée à l'intérieur et ne pouvait pas bouger. Un chuchotement lui parvint de l'autre côté, comme pour confirmer sa pensée. Il risqua une interrogation d'une voix vacillante : « Lilianne ?! C'est toi ? » Aucune réponse. Il étudia la porte. S'il prenait de l'élan, elle ne résisterait pas. Il pensa à David et également à la gendarmerie. Pourquoi ne leur téléphonerait-il pas ? Il serait quitte de pénétrer là-dedans, il risquait peut-être sa vie à tenter une telle intrusion. L'option de l'appel au secours le réconforta, il n'était pas obligé de s'introduire dans cette pièce, il lui suffisait juste de passer un coup de fil, puis ensuite, d'attendre patiemment à l'extérieur où même dans la cuisine, que les gendarmes rappliquent. Il s'imagina la scène : « Alors Monsieur Sullivan, racontez-moi un peu ce qui c'est passé ici... oui... vraiment !? Un grand monsieur avec une casquette rouge a effrayé ce petit bout de choux ? Et en plus il s'est déguisé en corbeau pour vous faire peur...vous n'avez pas fait dans votre culotte au moins ? Pauvre petit Robert... croah croah », fit le policier en battant les bras. Cette pensée l'enragea, sans réfléchir, il s'élança comme un aliéné sur la porte. Elle céda sans difficultés. Emporté par l'élan, il traversa la pièce, mais fut stoppé net par quelque chose qu'il prit de plein fouet. Il s'écroula sur le sol et le couteau lui échappa. Il était dans une semi-obscurité où la lumière du lustre ne parvenait pas. Encore secoué par le choc, il resta allongé sur le dos, les yeux au plafond. Quelque chose tournait dans l'air autour de lui et vient lui caresser le visage. Ses doigts rentrèrent en contact avec un liquide froid et épais. La pestilence environnante l'obligea à se tourner pour vomir abondamment. Il s'efforça de se remettre debout, mais la matière dans laquelle il reposait ne l'entendait pas de cette oreille, son pied d'appui glissa sur le bois et Robert retomba lourdement. Il ne distinguait toujours rien ici, comment avait-il pu oublier la lampe ? Il avait foncé comme un damné sans étudier les conséquences. Le sol était beaucoup trop glissant pour qu'il puisse se relever. S'il désirait sortir de ce cloaque, il était indispensable de ramper jusqu'à la sortie. Un bruit suspect se manifesta derrière son dos, il n'osa pas tendre une main pour en connaître la source. Il se déplaça à plat ventre sur le parquet - à la manière d'un surfeur sur sa planche - et arriva au pas de la porte. Il se releva puis hurla de terreur. Ses habits et ses mains étaient couvert de sang. Affolé, il se précipita jusqu'à la cuisine et un geste compulsif le poussa à se passer les mains sous l'eau pour enlever l'hémoglobine. Il marmonna des mots incompréhensifs en s'astiquant les doigts. Réussissant à reprendre le contrôle de ses membres, il prit la lampe et pénétra dans le salon. De l'endroit où il était, il tenta d'apercevoir quelques bribes de la pièce en pointant la lampe. Il ne vit pas grand chose, si ce n'est toutes les traces de sang qu'il avait semé en se dégageant pour sortir. « Lilianne ? » Il se détacha de l'entrée de la cuisine et s'écarta délicatement sur la droite pour disposer d'un peu plus d'angle. Il tremblait de tout son corps et s'était même pissé dessus dans la panique. « Lilianne ?! » répéta-t-il plus fort. La luminosité de la torche vacilla, les piles ne tiendraient pas bien longtemps. Dehors la lumière du jour pointait le bout de son nez, peut-être devrait-il partir d'ici, prendre la route à pied et s'éloigner le plus vite possible de cet endroit maudit. Mais Robert avait beau avoir les jetons, il voulait connaître la vérité. Quitte à y laisser des plûmes, je veux connaître le responsable de cette pagaille Il fut pris d'un rire nerveux : « Y laisser des plûmes ha ha ha ! » Il en écarta quelques unes qui s'étaient collées à son pull-over baigné de sang. Le soir même « Black » était réapparu à sa fenêtre pour lui réclamer à manger. Desmont lui avait bien dit qu'il cherchait « Black » ? C'était le nom de son putain d'oiseau bordel de merde ! « Black ?! Viens mon petit... viens voir papa. » Robert était sur la corde raide, le petit peu de raison qu'il lui restait s'était envolée. Il s'approcha de la chambre de la vieille et quand il fut assez près, la lumière de sa lampe lui fit découvrir l'horrible vérité. Sur la poutre en bois qui traversait la pièce de bout en bout, était accrochée une vieille corde effilochée, avec à son bout, le corps nu de Lilianne. Tout comme la vielle Bertha, la jeune femme avait été poignardée des dizaines de fois et ses orbites étaient dépourvues d'oeil.
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Trou perdu
01/07/2008 17:40
Il s'avança vers l'appareil électrique, dont les dimensions étaient proche de celle d'un être humain. En le découpant en deux, même le vieux Desmont aurait pu être enfermé là-dedans. Sa main gauche reposait désormais sur la petite poignée incrustée, de l'autre, il maintenait sa lampe en direction du couvercle. Son couteau pendillait à sa ceinture, il pensait qu'il y avait peu de chance qu'un tueur se terre à l'intérieur, près à surgir pour l'empoigner. Par contre, il n'était pas à l'abri de découvrir autre chose... une réalité horrible. Intérieurement, il compta jusqu'à trois, puis bascula le couvercle en s'écartant volontairement. Il n'y avait rien à l'intérieur. Énervé, il tira la prise violemment et referma le couvercle avant de sortir, laissant la double porte ouverte. Il resta quelques instant immobile au bord des escaliers. Au loin, le premier signe d'une vie animale retentit : un hurlement de chien. La bête parut s'approcher de la maison, les craquements des feuilles mortes s'intensifièrent puis un halètement bruyant suivit d'un grognement tonitruant retentirent tout près. Pris de panique, Sullivan hésita à s'enfermer dans le garage, mais il était complètement paralysé de terreur. Le chien – ou autre chose -, commença à pénétrer dans l'allée, entrechoquant les pierres sous son poids. Sullivan ne vit toujours rien, mais sentit l'odeur de la chose, un mélange d'urine, d'excrément et de poils mouillés. Il guetta le moment où l'animal allait lui sauter dessus. Mais l'attaque n'arriva jamais. Écarquillant les yeux, Sullivan rechercha la bête. Mais il n'y avait rien, aucune trace d'un quelconque molosse assoiffé de sang... comme s'il n'avait jamais existé. Encore secoué, Robert remonta les escaliers en marche arrière. Quand il fut devant l'entrée du chalet, il constata que celui-ci était plongé dans une totale obscurité. La lumière brillait bien tout à l'heure Ses mains tremblaient, il décida qu'une fois prouvé que personne ne l'attendait là-dedans, il ne poserait plus un pied dehors avant le levé du jour. Il ouvrit la porte en aspergeant la cuisine de sa lampe torche, qui pensa-t-il, ne serait pas éternelle s'il continuait à l'utiliser aussi intensément. Une odeur horrible le prit à la gorge. Il se crut revenu quelques heures en arrière, mais l'odeur de merde avait été remplacée par des relents de pourriture. Il ne put s'empêcher d'imaginer que les choses avaient dû se dérouler de cette manière lorsque Lilianne avait découvert le cadavre de sa tante. Es-tu certain qu'elle est bien morte ? La chose que tu as suivi dehors ne lui ressemblait-elle pas étrangement ? Elle est revenue d'outre-tombe pour te faire la peau ! Il actionna les deux interrupteurs. Les émanations étaient insoutenables, une armée de grosses mouches noires volait dans le séjour, jouant une symphonie macabre. Il n'en pouvait plus, il lui fallait des réponses immédiates, au risque de se voir perdre la tête et se mettre à hurler. Son téléphone était toujours sur le buffet, à l'endroit où il l'avait laissé. Il déposa sa lampe et s'empara du portable à clapet, le numéro de Lilianne se trouvait dans son répertoire. Il désirait redescendre sur terre au plus vite. Il composa le numéro... quelque part dans la maison, une sonnerie retentit. Il ne réalisa pas tout de suite d'où cela provenait. Il observa l'écran de son téléphone d'un air sidéré, sur celui-ci était toujours inscrit le nom de la personne qu'il tentait de contacter. Paniqué, il pénétra dans le salon, chassant de la main quelques diptères agaçant venus se coller à lui. Au bout de quelques secondes, il comprit enfin d'où émanait la sonorité... de la chambre de la vieille. Le téléphone de Lilianne était dans cette pièce... avec peut-être... non, il ne voulait pas imaginer des choses horribles. Il coupa l'appel et la sonnerie s'arrêta de l'autre côté de la porte. Les battements d'ailes qu'il avait cru entendre par deux fois en début de soirée étaient revenus, cette fois accompagnés de croassements sinistres. Des empreintes de pieds nus ensanglantés couvraient le sol et les tapis et venaient se terminer sur la pas de la porte. « Mon dieu... aidez-moi », murmura Sullivan. Il était pétrifié de terreur et ne quittait pas des yeux les traces humaines. Quelque chose tambourina brusquement sur la porte, comme si quelqu'un tapait à coups de poings sur le bois. Il recula d'un pas, cherchant du regard une aide improbable. Les coups se firent de plus en plus fort, la porte finit par trembler tellement que le cadre qui enserrait le portrait de la vieille Bertha tomba sur le sol et se brisa. Robert cria en se plaquant les mains sur les oreilles pour atténuer le vacarme. Puis les coups se turent subitement et le chalet retrouva son silence, comme si rien n'était venu le troubler. Au bout d'un temps incommensurable en apnée, Sullivan s'octroya une pause pour reprendre de l'oxygène. Les mouches par dizaines, entraient et sortaient de la pièce fermée en se faufilant sous la porte. C'est de là que venait l'odeur de pourriture.
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Trou perdu
01/07/2008 17:39
L'envie de vomir le poussa à plaquer une main sur sa bouche et il détourna son regard des marques. « Robert » Il bondit et se retourna aussi vite qu'il en fut capable, sa bedaine malmenée remua comme un bateau gonflable en pleine tempête. Son mouvement brusque lui avait fait lâcher la torche, celle-ci roula sur le sol et se figea en direction de la chambre sans porte. Tenant fermement le manche de son couteau, Sullivan scruta au-dehors. L'espace d'un instant, il crut apercevoir une forme se dessiner là. Ses contours n'étaient visibles que grâce à la clarté de la lune qui éclairait au-delà. La silhouette resta immobile puis se déplaça en direction du petit chemin qui longeait le chalet. L'individu était de taille moyenne et semblait entièrement recouvert d'un plastique transparent. « Qui est là ? Desmont c'est vous ? » Aucune réponse et pas le moindre bruit malgré les pierres qui entouraient l'habitation. Arrêtes un peu tes conneries, ça ne peut pas être lui, il mesure au moins 2 mètres Robert récupéra la lampe et franchit prudemment le seuil du garage. Qui pouvait bien être venu dans un endroit aussi reculé ? Et si ce quelqu'un était déjà là avant ? Cette pensée, il n'avait pas voulu la formuler, elle lui flanquait la frousse. La respiration de Sullivan s'était fait plus rapide, il s'engagea sur le petit chemin. Au moment où il contourna l'angle, il aperçut encore la forme, tout au bout de l'aile Ouest, traînant derrière elle une partie de son enveloppe transparente sur laquelle les rayonnements lunaires se reflétèrent. L'individu était totalement nu sous son film plastique, mais son corps livide était trop éloigné de lui pour qu'il puisse différencier de quel sexe il s'agissait. Il disparut vers le nord. Robert transpirait à grosses gouttes, ce jeu de cache-cache ne l'amusait pas du tout. Il avait peur, il sentait que cette personne ne se comportait pas comme un être normal. Il progressa jusqu'au bout. Qui que ce soit, cette personne a tout intérêt à me dire ce qu'elle fout ici Robert était à bout, il avait l'impression qu'il ne retournerait jamais chez lui, qu'il ne verrait jamais le levé du jour. Cette nuit était interminable. Il prit sa respiration en serrant plus fort que jamais son couteau qui était devenu son plus fidèle compagnon et se jeta d'un bon en direction de l'aile Nord, une grimace de colère et de peur déformant son visage. À quelques mètres de lui, il décela l'emballage grossier que l'individu arborait encore il y a quelques secondes. Il avait été abandonné dans l'herbe. Sullivan s'approcha et s'agenouilla au pied du contenant. Il découvrit avec horreur que cette chose était tachée de sang et empestait la chair en décomposition. L'aile était complètement vide. Il se releva pour inspecter les alentours. Des branches craquèrent non loin de lui. « Qui êtes-vous ?! » hurla-t-il sans direction précises. Un son lui parvint au loin, sûrement l'écho de sa propre voix. Il n'avait pas froid malgré la température qui avoisinait les 5 °C. Son souffle se transformait en fumée blanche opaque. Quand il s'apprêta à rebrousser chemin, quelque chose attira son attention sur sa droite. Un morceau de papier chiffonné. Il se baissa pour le ramasser et tenta de lui redonner une forme lisible.
« Ne pas oublier : gaz, sacs poubelles, papier toilettes, essuie tout, vérifier l'électricité, la vaisselle, faire le lit, nettoyage, pas oublier tache garage, porter fleurs sur tombe de tante Bertha »
De toute évidence, il s'agissait d'un pense-bête rédigé par Lilianne. Plusieurs choses l'interpellèrent. Dans sa note, elle avait notifié qu'elle devait déposer des fleurs sur la tombe de sa tante. La vieille Bertha avait-elle été enterrée ici ? Un frisson désagréable le transperça. Après tout, quoi de plus normal, pour cette vieille dame retirée du monde, de vouloir se faire enterrer là où elle avait vécu ses dernières années et non pas dans un village où elle n'avait aucune attache particulière. À sa place, il aurait fait la même chose. Il s'interrogea quand même sur l'endroit où elle avait pu être ensevelie. Il inspecta à nouveau la feuille. Le gaz avait été mentionné. Il chiffonna la note et la fourra dans l'une de se poches. Quelque chose c'était passé ici.
Sur le chemin en direction des escaliers, il ne rencontra aucun individu. Au niveau de la double porte du garage, il s'arrêta. Une envie soudaine de se précipiter sur le couvercle du congélateur et de l'ouvrir lui traversa la tête. Robert perdait pied , le long trajet en voiture de la veille, son manque de sommeil évident ainsi que les différents épisodes vécus dans le chalet n'y étaient pas étrangés.
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Trou perdu
01/07/2008 17:24
Il n'avait rien entendu, peut-être était-il trop épuisé pour percevoir la sonnerie. Le message pouvait attendre, il poussa la porte des toilettes et urina dans la cuvette. En tirant la chasse, il repensa aux excréments qu'il avait dû extirper à la louche. Tu as oublié d'appeler Lilianne Il n'allait quand même pas la réveiller pour lui raconter ses frayeurs de petit enfant à une heure pareille. De retour dans la cuisine, il fit couler le robinet pour s'asperger le visage d'eau fraîche. Il se sentait mieux depuis sa conversation avec David, il s'était rallié à l'hypothèse de celui-ci. Les bruits étranges s'étaient tus. Il s'empara de son téléphone et tapa le 888.
« Vous avez un nouveau message... nouveau message, reçu aujourd'hui à 1h59, votre correspondant a essayé de vous joindre 1 fois... »
Aucune voix sur le message, cependant, un chuchotement très faible brouillait le silence apparent. Robert réécouta le message en collant plus fermement son oreille sur le téléphone. Ce ne fut qu'au bout de plusieurs tentatives qu'il sut enfin de quoi il s'agissait... c'était la télévision. Il reconnut la série française qu'il avait laissé tourner avant de s'endormir. Il prit ceci pour un faux numéro et esquissa un sourire. Peut-être quelqu'un qui voulait discuter série française avec moi Encore dans les vapes, il décida de prendre un peu l'air et de fumer une clope. Il sortit par la porte d'entrée et en profita pour déposer le seau rempli de merde sur la terrasse. La lune pointait le bout de son nez. Dans l'allée caillouteuse et dans les arbres tout autour, des ombres avaient fait leur apparition, se qui donnait un air lugubre à l'ensemble. N'importe qui pouvait se cacher là à l'observer, lui qui était à découvert, bien en vu, arrosé par les rayons lunaire. Il prit une cigarette dans son paquet et l'alluma. De l'endroit où il se tenait, il apercevait vaguement les volets fermés de la chambre de tante Bertha. Pourquoi n'avait-il pas tenté de pénétrer dans cette pièce ? Il se rappela subitement que la porte était verrouillée. Il tira sur sa clope, ferma les yeux, le dos appuyé contre la rambarde. « Robert » Il sursauta et dirigea son regard vers les escaliers, ceux-ci étaient toujours dans l'obscurité. Une des marches grinça... puis une autre. Sans hésiter une seconde, il se précipita vers l'entrée, s'engouffra dans la cuisine et agrippa sa lampe et son couteau. Plus question d'avoir peur En sortant, il referma la porte derrière lui et s'avança vers les marches en s'écartant un maximum de la façade. Actionnant l'interrupteur de la torche, il figea celle-ci sur les escaliers puis sur la porte du garage... à sa grande stupéfaction, elle était grande ouverte. « C'est pas possible, chuchota Robert, je l'ai mal refermé. » Pourtant, il se rappela l'avoir vérifié. La peur l'envahit à nouveau. Tu es un adulte merde, la peur c'est pour les gosses Mais il n'était pas convaincu. Il n'en fallut pas plus pour qu'il replonge dans les méandres de cette terreur qui ne le quitterait plus jusqu'à ce que David daigne venir à lui. Il se remémora immédiatement l'ensemble des événements et décida d'appeler Lilianne dès qu'il aurait vérifié que rien de suspect ne se cachait dans cet abri, comme un vieux monsieur effrayant par exemple. Il descendit les marches, le couteau braqué devant lui. Une fois en bas, un bourdonnement se fit entendre à l'intérieur du garage. Il fit un rapide état des lieux avec sa lumière, il n'y avait rien de bien méchant là-dedans. Un congélateur était plaqué contre le mur du fond. Sullivan se demanda se qu'il pouvait bien contenir pour qu'il soit en marche. Lilianne ne venait que très rarement ici, pourquoi aurait-elle branché le congélateur ? Et si c'était Desmont ? Après tout, il l'avait bien surpris dans le garage. Mais ce n'était pas lui qui était venu ouvrir cette porte, Desmont était loin d'ici et il n'avait pas entendu de véhicule s'approchant du chalet, personne ne ferait des kilomètres à pieds dans la nuit pour venir jusqu'ici... personne à par un fou. Cette éventualité ne fit qu'empirer l'état névrosé dans lequel il s'enfonçait. S'approchant d'avantage, il dirigea le faisceau en direction du plafond, en quête de traces sanglantes. Dans l'angle, sur sa gauche, il finit par distinguer les restes d'une vieille tache, presque à la jonction du mur et du plafond. Orientant sa lampe vers le sol juste en dessous, il constata que des vestiges de sang séché marquaient également la dalle en béton. Madame André a été tuée de 49 coups de couteau, les gendarmes l'on retrouvés pendue dans sa chambre et on lui avait arraché les yeux Les paroles de Desmont résonnaient encore dans sa tête.
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Trou perdu
01/07/2008 17:20
- Je t'embrasse bien fort David, dort bien... - Toi aussi, à demain... - Bye. - Bye. » Il coupa la communication et reposa son portable sur le buffet de la cuisine. Il se sentait beaucoup mieux et avait décidé de ne plus se laisser effrayer par n'importe quoi. Maintenant détendu, la faim le tirailla. Il fouilla dans son sac et en extirpa une petite boîte de cassoulet. Il décrocha une des casseroles pendues au mur et y déversa son repas. Après s'être emparé de l'allume gaz, il fit pivoté le petit feu et donna plusieurs impulsions sur le manche, mais rien ne se passa. Procédant méthodiquement, il ouvrit d'abord la porte de la gazinière. Il tomba des nues en découvrant qu'il n'y avait aucune bouteille de gaz pour alimenter le circuit. « Mais c'est pas vrai !! C'est un véritable cauchemar ce séjour de merde, rien ne va comme il faut dans cette foutue baraque ! » hurla-t-il en jetant des regards haineux tout autour de lui, comme pour rechercher un responsable à ses malheurs. Il n'avait rien mangé depuis qu'il était parti ce matin. Il se rappela qu'il avait des fruits dans son sac, il fouilla un peu et réussit à mettre la main sur une pomme qu'il s'empressa de croquer. Son sac ne contenait que des conserves à réchauffer. Il faudrait qu'ils se rendent à Valcan dès que la voiture serait en état de rouler afin de se procurer de quoi réchauffer. Il finit sa pomme puis se servit un petit whisky bien mérité. En sirotant celui-ci, Robert râla un peu contre la soeur de David : « On peut même pas compter sur les proches. » Il n'arrivait pas à concevoir que Lilianne ait pu négliger le gaz. C'était quand même primordial qu'ils aient de quoi réchauffer à manger durant leur séjour. Le silence qui régnait dans la maison le mettait mal à l'aise, il décida d'allumer la télévision, après tout, il était un peu comme chez lui ici. Il quitta la cuisine en laissant la lumière allumée derrière lui. Sullivan avait décidé que, s'il parvenait à dormir, se ne serait certainement pas dans le noir. Où vas-tu dormir Robert ? En pénétrant dans le séjour, son regard s'attarda sur le portrait de la vieille Bertha. L'écran de télévision était placé juste à côté de la porte verrouillée. Ses yeux abandonnèrent la photo inquiétante et il pressa le bouton du téléviseur. Un son anormalement élevé en jaillit. Il se précipita sur la télécommande et s'empressa de baisser le volume. La première chaîne diffusait un reportage sur un tueur en série russe qui avait tué une soixantaine de personnes à coup de marteau. Il se dit que ce n'était peut-être pas le genre de document à visionner dans l'état actuel des choses. Il passa donc sur la seconde chaîne et se retrouva en face d'un reportage sur la chasse au sanglier, celui-ci lui rappela immanquablement le vieux Desmont. Il zappa une nouvelle fois et tomba sur la rediffusion d'une série française bidon. Il en resta là, après tout, il avait ouvert le poste seulement pour faire barrage au silence, peu importait si le programme était minable. Il s'installa sur le canapé avec son verre à la main et s'alluma une cigarette. David, qui lui ne fumait pas, n'aimait pas que Robert le fasse à l'intérieur, mais le jeune homme n'étant pas présent, cela donna une bonne excuse à Sullivan pour en griller une. Il se détendit un peu et se laissa bercer par le murmure de la télévision. Au bout de plusieurs minutes de lutte, le sommeil finit par le gagner pour de bon et il s'endormit, son verre au creux de ses cuisses avec sa cigarette écrasée au fond. La télécommande glissa d'une de ses mains et vint achever sa course sur l'un des tapis, en silence. Son corps s'étala lentement sur le cuir du canapé, cherchant une position confortable. Dehors la nuit était froide et le vent s'était définitivement arrêté, le bruit d'un avion survolant la forêt à quelques milliers de mètres au-dessus du chalet se fit entendre... puis le calme revint, encore plus inquiétant, à croire qu'aucune vie animale ne s'aventurait par ici. Quelque part au rez-de-chaussée, un grincement de porte troubla le calme qui régnait... le garage était de nouveau ouvert.
« Robert » Il se réveilla en sursaut... la télévision était éteinte. Il s'était endormi pendant un long moment et avait dû presser la télécommande durant son sommeil. Sa montre affichait 3h15. Se frottant les yeux énergiquement, il se leva pour faire un tour à la salle de bain. En passant dans la cuisine, il constata que le témoin lumineux de son portable clignotait.
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